Vera Paterson

Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme

"Le mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme" : la leçon que les psychanalystes lacaniens doivent en tirer

Par un arrêt en date du 16 janvier 2014, la Cour d'appel de Douai a autorisé la reprise de la diffusion du film "Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme" de la documentariste, Sophie Robert, après que celle-ci ait été suspendue le 26 janvier 2012 par le Tribunal de Grande Instance de Lille au motif que les extraits des interviews des trois psychanalystes lacaniens, Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, portaient atteinte à leur image et à leur réputation en ce que le sens de leurs propos y avait été dénaturé et qu'en conséquence, devaient être supprimés en totalité du film les extraits des interviews qu'ils avaient données.

Compte tenu de l'astreinte provisoire de 100 euros par jour de retard à compter de la signification du jugement dont était assortie cette décision, Sophie Robert et sa société de production, Océan Invisible Productions, avaient été obligées de suspendre la diffusion du documentaire sur Internet, ce qui avait  entrainé une très vive polémique au regard, d'une part, de la liberté d'expression et, d'autre part, de la thèse principale qui était soutenue dans le documentaire.

En effet, comme le retient la Cour d'appel de Douai dans son arrêt, l’intention finale de la réalisatrice est de contester les méthodes utilisées par les psychanalystes dans le traitement de l’autisme et fondées sur l’analyse selon laquelle, comme il est rappelé en introduction du documentaire : “l’autisme est une psychose, autrement dit un trouble psychique majeur résultant d’une mauvaise relation maternelle”.

La Cour ajoute : "Ainsi, durant tout le film destiné au grand public, la réalisatrice se livre à la comparaison entre les évolutions du comportement de deux enfants atteints d’autisme et qui auraient été traités l’un par les méthodes développées par des psychanalystes, l’autre par les neurosciences et d’autres méthodes comportementalistes. Les enfants sont filmés dans leur environnement familial et leurs parents, principalement leurs mères, s’expriment successivement. Les conclusions développées sont très explicites sur le fait que l’enfant qui aurait bénéficié, à la demande de ses parents, d’autres traitements que ceux préconisés par la psychanalyse, aurait  un développement  beaucoup plus favorable lui permettant de suivre une scolarité et de s’intégrer davantage dans la société".

Au-delà de la victoire que cette décision vient accorder aux parents d'enfants autistes, très favorables ces dernières années au développement et à la prise en charge par les pouvoirs publics des méthodes comportementalistes au détriment des traitements psychanalytiques, elle vient surtout réaffirmer haut et fort le droit à la liberté d'expression dans notre pays même si la Cour d'appel de Douai reconnaît qu'il "n’est pas contestable que ce résultat final et le sens de la démonstration ainsi réalisée par Mme Sophie Robert étaient ignorés, à l’origine, des psychanalystes qui ont été interviewés, dont les trois demandeurs à l’action initiale d’interdiction dufilm.

Les psychanalystes ont cependant, [...] librement accepté que leur image et leur voix soient reproduites par extraits et sans contrôle sur l’oeuvre finale et ne peuvent donc reprocher à un réalisateur d’exprimer son opinion personnelle, même s’ils n’ont pas eu connaissance dès l’origine de cette intention, qui a d’ailleurs pu naître en cours de réalisation.

Il s’agit là du principe fondamental de respect de la liberté d’expression des auteurs notamment cinématographiques, comme des journalistes d’investigation
".

En dépit des guerres de tranchées que psychologues comportementalistes et parents d'enfants autistes, d'une part, et psychanalystes lacaniens, d'autre part, ne manqueront pas de livrer dans les semaines et les mois à venir à grand renfort de diffusions commentées, pour les uns, du documentaire "Le Mur" et, pour les autres, du film de Mariana Otéro "A ciel ouvert", sorti en salles le 8 janvier 2014 et qui présente la démarche de soins pro-lacanienne adoptée en Belgique auprès d'enfants autistes et psychotiques par l'institut médico-pédagogique Le Courtil dirigé par Alexandre Stevens, l'un des trois psychanalystes déboutés, quelle leçon les psychanalystes lacaniens doivent-ils tirer de ce revers judiciaire ?

Qu'il ne faut pas confondre le "féminin" et les femmes.

Finalement, ce que reproche Sophie Robert aux psychanalystes lacaniens, c'est de blâmer les femmes, au travers des mères mises en cause à raison de l'autisme de leurs enfants et de s'enfermer dans ce raisonnement pour priver leurs enfants du bénéfice que les méthodes comportementales pourraient leur apporter.

Que les psychanalystes lacaniens l'acceptent ou non, ils ne pourront échapper au rouleau compresseur des méthodes comportementales parce qu'il est dans la nature humaine pour des parents de chercher à tout faire pour le bien-être de leurs enfants, et que les méthodes comportementales semblent donner, auprès de nombre d'enfants autistes, de bien meilleurs résultats et à bien plus brève échéance en matière d'acquisition du langage et d'intégration sociale que les méthodes psychanalytiques. Quelque part, Gersende et Francis Perrin en sont le parfait exemple et qui pourrait leur en vouloir ?

Ceci étant dit, les méthodes comportementales ne cherchent pas à s'attaquer au fond du problème, elles tentent juste d'en gommer, autant que faire se peut, les conséquences les plus visibles. Les neurosciences, pour leur part, cherchent avant tout les origines physiologiques de l'autisme, sans pour autant s'intéresser réellement aux troubles du comportement que présentent les enfants autistes. 

Enfin, les psychanalystes, plutôt que de se colleter à la problématique du "féminin" comme les y enjoignait Lacan, se sont rabattus sur une proie beaucoup plus facile : les mères.

Mais après des décennies de culpabilisation, souvent cruelle et dans bien des cas inutile et totalement inappropriée, ce que l'arrêt de la Cour d'appel de Douai vient de signifier aux psychanalystes lacaniens, c'est que les mères ne veulent plus servir de boucs émissaires là où ils n'ont tout juste pas eu le courage de retrousser leurs manches et préfèrent, à la place, se contenter de citer sans fin Lacan en les vilipendant et, se faisant, en confondant "féminin" et "maternité".

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07.12 | 15:54
18.08 | 15:01
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